À la rencontre de Clément DAVID a.k.a “KLEMZ”… Artiste-Graffeur !

Crédit photo: Marlene B

Le 15 Juillet 2020, Rasteau aura l’honneur d’accueillir l’artiste de street art Clément David, plus connu sous le nom de “KLEMZ” pour la réalisation d’une œuvre en plein cœur du village…  Nous lui avons posé quelques questions afin de vous faire découvrir ce jeune artiste plein d’avenir…


A.O.C Rasteau : Bonjour Clément, vous êtes un artiste reconnu dans la région, qui êtes-vous et comment est né “KLEMZ” ?

Je suis un artiste graffeur local situé à Séguret, ayant un atelier à Vaison-la-Romaine depuis bientôt 3 ans. Né en décembre 1993 d’une mère dirigeante et ambulancière et d’un père diéséliste. Mon diminutif «Clem(s)» à inspiré mon nom d’artiste KLEMZ, j’y ai changé quelques lettres, simplement pour l’esthétique du mot, mais aussi pour «Deutschiser» et «puncher» sa consonnance. Je n’ai rien d’Allemand bien au contraire je suis pro sudiste et fier, j’aime par dessus tout brouiller les pistes ! Je suis d’ici comme de là-bas.

A.O.C Rasteau : Quel est votre parcours ? 

Mon cursus primaire s’est fait à Vaison-La-Romaine, sorti du collège à 14 ans je me suis retrouvé à Nîmes pour obtenir un CAP Sérigraphie et impression sur textile. Je me suis ensuite formé sur l’outil informatique (principalement le pack Adobe) via un BAC Communication Graphique à Montpellier…

Puis les beaux arts n’ont pas voulu de moi, j’en ai donc profité pour aller voir un peu ailleurs. J’ai voyagé et travaillé en tant que serveur, saisonnier…
Puis je me suis créé mon petit statut d’auto entrepreneur tel le petit honnête citoyen que je suis.

A.O.C Rasteau  : Quand avez-vous commencé le graff ? Quel a été l’élément déclencheur de cette passion ?

Ma grand mère, Jacqueline DAVID, femme de vigneron était très impliquée dans la vie culturelle et associative de Séguret, c’est elle qui, en partie, à créé et animé le Foyer Rural, notamment par le biais d’ateliers de Sérigraphie déjà, puis de peintures et teintures sur soie par la suite.

Malheureusement je ne m’en souviens que très peu. Elle créait des natures mortes, paysages, portraits… Que j’ai retrouvé 20 ans après et que je compte bien exposer à mes côtés dans les futures années.
Je pense que ce don n’a été qu’un fil conducteur pour moi, cette âme créative, en perpétuelle recherche, gorgée peut être aussi d’éternelles insatisfactions, j’en ai hérité…

L’élément déclencheur? Ce n’est rien d’autre que mon frère qui pour, Noël 2007, m’offre un pack de six aérosols de 400ml, c’est de là que tout part, je ne ferais que ça jusqu’à aujourd’hui.

“J’étais vraiment intrigué par cet univers et j’ai fini par y goûter”

A.O.C Rasteau : Avez-vous toujours voulu être artiste ?

Comme beaucoup d’entre nous à l’âge de 13 ans je n’ai jamais su quoi faire dans la vie… Ceci dit je savais déjà ce que j’aimais…
Je me plaisais à réparer sans forcement remplacer, bidouiller, créer, décorer, le tout avec les techniques, moyens et outils que l’on m’avait inculqués.

J’aimais bien sûr et surtout le graphisme, les tags & graffitis, où qu’ils soient, leurs couleurs, leurs lettres, leurs messages très souvent percutants, j’étais vraiment intrigué par cet univers et j’ai fini par y goûter. Les fresques que je ferai par la suite mèneront les gens à me qualifier d’artiste. Selon moi ce n’est peut être pas en faisant uniquement cela qu’on en devient un aussitôt, c’est à mon avis bien plus compliqué et complexe…

Tout un milieu rempli de paradoxes. Dans tous les cas, je pense qu’il y a bien plus d’artistes que ce que l’on croit. Donc pour ma part je ne l’ai pas forcément voulu et je ne suis encore pas complètement habitué à ce statut, mais cela viendra sûrement un jour…

“J’aime provoquer une certaine nostalgie du passé”

A.O.C Rasteau : Comment définiriez-vous votre style artistique ?

Certains me donneront directement l’étiquette d’artiste ou de street artiste, je qualifierai plus mon profil de «Rural Artiste» (rire) vu d’où je viens et où je m’exprime. Bien sûr qu’il m’arrive de peindre en ville, mais cela reste occasionnel. Je ne pense pas que mon travail soit composé uniquement de graffiti pur et dur, en effet je ne travaille que sur des supports de récupération quand il s’agit de produire des œuvres destinées aux galeries, zéro toile. Il y a donc tout un travail en amont de la phase peinture qui me pousse à remettre en état le support afin de le revaloriser quel qu’il soit (capot de voiture, rideaux fer, palissade bois, vieux panneaux).

Pour ce qui est de mon style artistique, rien n’est fermé pour moi, seul le support va me faire parler. Je peux être très naïf et tourmenté comme minutieux et précis. Nous pouvons peut-être parler de «post-graffiti», j’en conserve l’essence et ses codes mais j’essaie surtout d’aller au delà…

Enfin, j’aime par dessus tout provoquer une certaine nostalgie du passé, à travers l’accentuation des matières nobles sur lesquelles je travaille et le contraste de mon graphisme. Les patines, le vieillissement des supports, la réaction temporaire et naturelle. Une sorte de lâcher prise associé à un contrôle de l’outil et de la technique.

A.O.C Rasteau : Où puisez-vous votre inspiration ?

Je récupère énormément ce que les gens jettent, que ce soit de la peinture en déchetterie ou des supports capables d’être réutilisés, embellis et même exposés. Mais je leur rends en poursuivant leurs histoires. J’aime particulièrement les endroits figés, oubliés, devenus par la suite abandonnés. Principalement là où est marqué l’éternel et incessant combat entre la nature et l’homme, l’homme et la nature, etc.. Puis il y a bien sûr les sources de tous les graffeurs, les livres et magazines, films et vidéos puis réseaux sociaux. Ma campagne et son paysage, mon sud et son caractère.

D’Henri Matisse à Smash137, en passant par Malika Favre, Le Bauhaus (1919), son manifeste et son architecture, m’inspirent et n’arrête pas d’influencer l’art moderne.

Pour les graffeurs: Revok/Roïd MSK (États-Unis) – Horfée/Mosa PAL (Paris) – TSH – ATR – NAV – OR (les crews d’Avignon et ces alentours).

A.O.C Rasteau : Comment se déroule la création d’une fresque ou d’une peinture ? Quelles sont les différentes étapes à suivre ?

La plupart du temps et si c’est possible, je me rends sur place pour m’imprégner du lieu, de son histoire, et de la personne. Après avoir pris connaissance du projet souhaité, je travaille sur une ou plusieurs simulations selon l’inspiration. Basée sur la photo du mur ou du bâtiment je propose une idée de fresque, bien sûr il est fréquent que nous effectuons des retouches pour arriver à l’ébauche idéale. Une fois l’esquisse validée, je sélectionne les acryliques et aérosols nécessaires à l’aboutissement du projet. Selon la taille du mur, je me retrouve a effectuer un quadrillage afin de respecter les proportions, ou bien, je projette sur les pans des bâtiments les plus grands.

“Une oeuvre emblématique : Un capot de Porsche 914 intitulé «M471”

A.O.C Rasteau : Quelles sont vos œuvres les plus emblématiques ? Laquelle avez-vous préféré peindre ?

Un capot de Porsche 914 intitulé «M471» est l’oeuvre qui m’a le plus bouleversé lors de sa vente, je n’arrivais pas à m’en séparer car il a une histoire, de sa découverte à sa réalisation. C’est l’une des premières oeuvres que j’ai vendu, et c’est à ce moment là que je me suis rendu compte que le champ de la création et du possible pouvait être immense.

A.O.C Rasteau : Quel est le lieu le plus insolite dans lequel vous avez peint ?

Mis à part les lieux publics comme les parcours de santé, skate-parcs ou les aires de jeux…Tous le sont plus ou moins ! À partir du moment où ils ne sont que très peu visités, je pense clairement qu’une osmose se créée entre l’artiste, le lieu et son oeuvre. Je me suis déjà retrouvé dans un ancien couvent ou un cimetière de trains abandonnés.

Un de mes rêves serait de peindre un bateau échoué.

A.O.C Rasteau : L’œuvre de Vaison-la-Romaine est très connue dans la région, combien de temps cela vous a pris ? Qu’est ce qui a été le plus dur à réaliser dans cette œuvre ?

Concernant la fresque du moulin de César et la réalisation de l’Hadrien, le projet a pris deux semaines dans sa totalité d’exécution. Bien sûr j’y ai laissé quelques nuits blanches, mais j’ai surtout été aidé par des amis, que je tiens à remercier encore aujourd’hui.

La complexité du projet a été de trouver une nacelle de plus de 18m de haut afin de peindre les lettres les plus hautes: Vasio.

“Rasteau est un village que j’apprécie pour sa convivialité, son avant-gardisme (…) son authenticité “

A.O.C Rasteau : Que vous inspirent le village et les vins de Rasteau ?

Comme je précise ci-dessus je suis de Séguret, très proche de Rasteau, il n’y a que l’Ouvèze qui nous sépare. J’ai donc l’habitude d’y aller à pied ou à vélo. Pour moi, Rasteau est un village vigneron avec une âme et une tradition vigneronne ancrée, donnant sur le Ventoux et les Dentelles, ce qui fait pour moi le village du coin avec la plus belle vue, une exposition plein sud exceptionnelle. C’est un village que j’apprécie particulièrement pour sa convivialité, son avant-gardisme, qui sait garder son authenticité et sa chaleur typique des villages provençaux. Je pense qu’il est important de préserver ces éléments… Grâce aux projets que nous avons partagé, je peux dire que je connais de mieux en mieux ses habitants et j’en suis fier.

Pour ce qui est de ses vins, je ne suis pas un fin connaisseur, mais afin d’élaborer au mieux mon projet, je me suis penché sur la question avec l’aide de mon ami Victor Bonfils du Domaine de Boissan à Sablet. Pour nous les vins de Rasteau sont généralement des vins assez charpentés, plutôt capiteux, l’exposition au soleil apporte des notes de fruits bien mûrs, parfois compotés, cependant jamais dans l’excès ni dans la lourdeur. On a aussi des arômes d’épices, assez caractéristiques de la région finalement, ce sont des vins souples, suaves, avec des tanins assez fins et fondus en général.

A.O.C Rasteau : Décrivez- nous votre œuvre pour les 10 ans du Cru…

J’ai cherché a créer une fresque intergénérationnelle, celle-ci aurait tendance à nous faire remonter le temps, les plus anciens reconnaîtront des détails d’antan mêlés à des lettres et motifs ronds, plats, pointus tels que nous pouvons percevoir les caractéristiques d’un vin lors de la dégustation. Divers éléments sont purement graphiques en fonction des croisements de teintes qui la constitue.

Le choix des couleurs est composé d’argiles rosés, lie de vin, terres claires et lumineuses.

A.O.C Rasteau : Avez-vous d’autres talents cachés 🙂 ?

Pas que je sache… mais d’autres passions, ça oui ! Notamment les voitures anciennes (Allemandes de préférence), le poulet aux olives et citrons confits (rire+) le tout accompagné d’un Rasteau aux tanins fins, légèrement épicé afin d’équilibrer l’acidité et une bonne partie de pétanque entre amis et famille.

A.O.C Rasteau : Où pouvons-nous suivre votre travail ?

Facebook: klemz

Instagram: kool_klemz

Mail: koolklemz@gmail.com


Merci KLEMZ d’avoir pris le temps de répondre à nos questions, il nous tarde de vous recevoir !
Bon à savoir  : Une partie de la réalisation sera retranscrite en live sur Instagram (@vinsderasteau) le jour J (15/07/20). Et pour les retardataires nous vous concocterons une petite vidéo…


 

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Dominique Brunet

A la rencontre de Dominique Brunet – Directrice de la formation pour adultes et de la formation continue au sein de l’institut Paul Bocuse.

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